Chapelle Notre-Dame-du-Haut (17e)

NDH.jpg (8632 octets)La chapelle de Notre-Dame du Haut est liée à une légende évoquant la pendaison d’un personnage, dans des circonstances non éclaircies, sauvé in extremis, par l’intervention de la Vierge pour certains, par la simple rupture de la corde pour d’autres, et qui en guise de remerciement aurait été à l’origine de la fondation de la chapelle ; cette légende y est rappelée par une représentation du « petit Breton » en prière au pied de Notre-Dame, et un vitrail. Il existe plusieurs variantes de cette légende.

La fondation de la chapelle de Notre-Dame du Haut est liée à une légende qui, nous l’avons vu, reste bien douteuse. L’emplacement de sa construction ne répond pas à un impératif de distance, intervenant lorsque des foyers importants de population sont éloignés des lieux de culte. Nous ne sommes pas ici dans l’une de ces paroisses étendues où le fidèle doit parfois parcourir plusieurs kilomètres pour rejoindre l’église ; la chapelle de Notre-Dame du Haut n’est guère située qu’à 900 mètres de l’église paroissiale.

Elle répond à un impératif de christianisation. En effet, plusieurs éléments proches du site de la chapelle montrent l’existence de croyances préchrétiennes. Nous distinguons ainsi l’allée couverte, la fontaine et le toponyme :

L’allée couverte, d’abord, se trouve à proximité de la chapelle. Si l’on avait perdu la connaissance de son existence au 19e, il est tout à fait possible qu’elle ait continué d’attirer les hommes de l’Age du Fer ou de l’époque médiévale.

La source, située à environ 250 mètres à l’ouest de la chapelle et connue sous le nom de « fontaine de Notre-Dame du Haut », est elle aussi l’objet ou du moins le cadre de pratiques rituelles remontant au Haut Moyen-Age voire à l’Antiquité. Elle est liée au culte d’un « saint breton », saint Tujen, auquel les chrétiens substituèrent celui de sainte Eugénie.

Le nom du lieu où aurait été pendu ou serait tombé d’épuisement le Bas-Breton, « L’Epine Fleurie », est une indication toponymique à mettre en relation avec celle de « l’Epine du Bas-Bourg », proche de La Magdeleine. Ces « épines », liées à des lieux de culte, rappellent étrangement le culte dont certains buissons, ronciers et arbres étaient l’objet principalement à la fin de l’Age du Fer, mais dont des réminiscences sont attestées jusqu’à la fin du Moyen-Age.

Concernant la date de la fondation de la chapelle, les sources divergent. Charles Berthelot du Chesnay (1896) tient des propos fantaisistes lorsqu’il affirme qu’« elle devait exister dès le VIIIe siècle, ou, du moins, depuis l’époque où Saint Grégoire le Grand, ému des doléances du clergé armoricain, ordonna de sanctifier les monuments funéraires et de construire des chapelles près des Sources, objet d’un culte que les prédications ne parvenaient pas à détruire ». L’abbé Duhamel (1840) est beaucoup plus réaliste : « Cette chapelle >(…) semble porter le cachet du XVe siècle ».

En fait, la date de la fondation de la chapelle nous est inconnue ; seules certaines caractéristiques architecturales, les mentions les plus anciennes de la chapelle dans les archives et la connaissance de l’évolution de l’édifice à partir du 17e nous permettent d’affirmer que la chapelle existe au 15e.

Au cours de la Révolution, la chapelle, saisie sur les biens de la paroisse, est mise en vente comme « Bien National ». D’après le Registre de Paroisse, un premier acheteur aurait été Charles Heurtaut, de Lamballe, qui aurait résilié le marché lorsqu’il sut que la chênaie n’était pas comprise dans le lot. Elle est vendue comme Bien National le 21 frimaire an IX (12 décembre 1800) à un dénommé Bois-Gency.

Le vitrail qui domine l’autel est l’œuvre du peintre-verrier M. A. Laigneau, qui, à travers ce chef-d’œuvre de jeunesse traduisant « sur le verre la pieuse légende de Notre-Dame du Haut », a voulu y faire sa réputation. M. A. C. décrit cette réalisation : « Cette splendide verrière se compose de trois tableaux. Dans le premier, c’est la lutte des brigands et du breton. Rien de plus émouvant que cette scène. Le jeune homme se débat, mais que pouvait-il contre trois ? Aussi, il est renversé. L’un des malfaiteurs l’a saisi par sa longue chevelure ; le second brandit, d’une main, un bâton formidable, et, de l’autre, presse la corde déjà passée au cou de cet infortuné ; tandis que le troisième brigand, armé, lui aussi, d’un bâton, regarde de biais, tout prêt à signaler à ses compagnons le moindre danger d’être découverts. La figure froide et féroce de ces bandits contraste étrangement avec la physionomie si douce, si intéressante de la victime. Dans le deuxième panneau, le voyageur est déjà pendu à la branche dénudée d’un chêne ; il porte les bragou-braz du breton, mais les boucles de sa chaussure annoncent un homme de condition ; sa figure exprime l’angoisse, mais ses mains sont étendues dans l’attitude de la prière, et ses yeux fixent une image de Marie qui apparaît dans un creux de l’arbre. Sa prière a été exaucée, car un ange, les ailes déployées, descend du ciel, et d’une épée qu’il tient à la main, s’apprête à couper la corde. Enfin, dans le troisième plan, on est en présence de la chapelle de Notre-Dame du Haut ; les pèlerins se pressent aux portes, et notre breton lui-même, isolé de la foule, est là, son chapelet à la main ; car, selon la tradition, il revenait chaque année rendre grâce à sa Libératrice. Il contemple avec bonheur le spectacle qu’il a sous les yeux. Dans la partie supérieure du tableau, apparaît la Vierge, assise sur un nuage et entourée d’un groupe d’anges ; ses mains sont étendues et elle bénit cette foule qui se rend à son sanctuaire. L’ensemble est couronné par la figure du Père éternel qui jette un regard de complaisance sur toute la scène. Tel est le poème charmant qui se déroule aux yeux des pèlerins de Notre-Dame du Haut ; et, nous tenons à le répéter, cette composition fait honneur à son auteur. Non seulement le sujet est admirablement conçu ; mais le dessin est excellent, le coloris vigoureux, et les teintes toujours habilement ménagées, de manière à répandre sur le sanctuaire ce demi-jour qui porte à la piété, sans produire cette obscurité regrettable que donnent trop souvent les vitraux peints ».

Les dons accordés dans cette chapelle sont encore très importants au milieu du 19e. L’abbé Duhamel signale que son revenu est à peu près le même qu’auparavant, et que les dons en nature restent identiques, « beurre, laine, lard, petits cochons, ruches, cires ». L’argent contenu dans les troncs attire d’ailleurs les convoitises et la chapelle est forcée à plusieurs reprises, en 1884 et 1912 notamment.

Des réparations sont effectuées sur la chapelle en 1938, 1946, 1972. Un projet de restauration de la chapelle est émis par la Commune en 1981. De 1984 à 1986, la municipalité réaménage l’environnement (plantation d’arbustes, déviation de la route, aménagement de la prairie) et effectue des réparations importantes : réfection de la toiture, rejointoiement des murs extérieurs, peinture des portes, adduction d’eau et d’électricité, tandis que la paroisse se charge de la réfection intérieure. Le rejointoiement intérieur est effectué en 1985 par Jean Mahé, de Trédaniel.

Les 7 sept saints guérisseurs

Sept saints guérisseurs se sont associés dans cette chapelle pour soulager la misère humaine:

Eugénie et Yvertin, qui se tient la tête, soignent les migraines. Pour l'invoquer, il faut prier: "O Dieu, écoutez favorablement les supplications que nous vous adressons par l'intercession de sain Yvertin, votre confesseur, et ainsi, nous qui ne pouvons avoir confiance en notre propre justice, soyons secourus par les prières de celui qui vous a été si agréable durant sa vie. Ainsi soit-il."

Houarniaule, ou Hervé, soulage de la peur. Il dissout l'angoisse, abolit l'anxiété et soigne la dépression nerveuse. "O Dieu qui éclairez tout, accordez à vos serviteurs qui implorent la protection de saint Hervé, votre glorieux exorciste, la grâce du courage et de la foi. Ainsi soit-il."

Méen soigne la folie. "O Dieu, que l'intercession du bienheureux abbé Méen nous recommande, s'il vous plaît, auprès de vous, Seigneur, afin que nous obtenions par son patronage ce que nous ne pouvons attendre de nos mérites. Ainsi soit-il."

Mamert, qui présente ses entrailles, guérit les maladies intestinales.

Lubin s'occupe des rhumatismes. "Faites, nous Vous en prions, Dieu tout-puissant, que la solennité du bienheux Lubin, votre confesseur et pontife, augmente en nous la dévotion et nous aide pour le salut. Ainsi soit-il.".

Hubert, petit personnage non celtique tenant une pique d'une main et un livre de l'autre, secoure en cas de rage.

Le pardon de l’Assomption à Notre-Dame du Haut

D’après le registre de paroisse, « en 1840, tout l’office de cette fête se fait à Notre-Dame du Haut. Autrefois, l’on y chantait les premières Vêpres... Le jour de la fête, l’affluence des pèlerins (dont plusieurs arrivés de la veille ou dans la nuit partent de grand-matin) exige qu’il y ait quatre messes au moins dans la matinée : la première à cinq heures, la seconde à six heures et demie, la troisième à huit heures et demie, et que la grand’messe ne commence pas avant dix heures et demie et encore à cette heure, il arrive beaucoup de pèlerins éloignés.

Les Vêpres du jour se disent à trois heures, elles sont suivies selon un antique usage d’une instruction, après laquelle on fait la procession. La procession fait d’abord le tour de la chapelle, ensuite elle entre dans la Chesnaie où elle se développe avec majesté, de là elle rentre dans la chapelle, où l’on donne pour clore la cérémonie, la bénédiction du Saint-Sacrement. Ce Pardon est le plus célèbre et le plus fréquenté du pays après Saint-Mathurin de Moncontour ».

Le Pardon de Notre-Dame du Haut, « l’un des plus beaux de Haute-Bretagne », se célèbre chaque année le 15 août et le dimanche suivant ; mais son succès doit beaucoup à la présence des statues des « saints guérisseurs » pour lesquelles les foules, l’abbé Duhamel évoque les « peuples voisins des forêts », se déplacent de très loin. Au XXe siècle, il continue d’attirer une foule énorme de pèlerins et de visiteurs, venus parfois de très loin. Le programme du Pardon est invariablement le même :

10 h 30 : Confessions en la chapelle.

11 h 00 : Grand’messe en plein air.

14 h 30 : Chapelet médité à la chapelle.

15 h 00 : Vêpres de la sainte Vierge, Procession, Bénédiction du Saint-Sacrement, Bénédiction des petits enfants.

Le dimanche suivant : Grand’messe à 11 heures ».

(Abbé F. ROBERT, Notre-Dame du Haut, Notre-Dame du Mont-Carmel, plaquette réalisée pour la Paroisse de Moncontour, éd. SAEP, 1988)


(Je remercie chaleureusement Bertrand L'Hôtellier pour la mise à disposition de sa si riche documentation)


Les traditions à Notre-Dame du Haut

Les pèlerins demandent une intercession en faveur des maladies de la tête, des migraines en particulier. Mais le pouvoir de la sainte (Eugénie) ne se limiterait pas à la guérison de ces maux. En effet, les futures mères la sollicitent pour s'assurer un heureux accouchement. Dans tous les cas, il suffit de dire une prière, de brûler un cierge.